Lourdes, pour parler à la Vierge, comme de bouche à oreille.

Je ne suis jamais allé à Lourdes. Toutefois, je puis témoigner, car la sainteté de ce nom est inscrite dans mes souvenirs les plus lointains. En ce village de haute montagne en Suisse qui fut celui de mon enfance, chacun de nous connaissait mieux la ville de Bernadette que nos cités helvétiques proches ou moins proches.

Tous ceux qui en avaient les moyens « allaient à Lourdes » une fois dans leur existence. Non pour obtenir un miracle. Pour parler à la Vierge, comme de bouche à oreille. Nos paysans participaient à un devoir de chrétienté et revenaient absous. Comme ils avaient très peu d’argent et qu’il fallait bien prendre le train, ils économisaient sur le nécessaire pendant des années pour s’offrir enfin une inscription au pèlerinage…

L’argent s’est fait moins rare depuis. Je constate avec joie qu’ils sont aujourd’hui très nombreux chaque année à répondre à l’appel de leur conscience. Presque tous ceux qui y sont allés une fois y retournent, avec une fidélité qu’un empêchement blesse comme une pénitence. Restent, bien entendu, les malades.

Je pense à cet ami dont un accident brisa la colonne vertébrale. Pour lui, le pèlerinage annuel à la grotte était de rigueur. Aussi souvent inefficace, en apparence, qu’entrepris, pourquoi ne fut-il jamais abandonné ? Parce que chaque année ce Chrétien lucide rentrait rayonnant, réconforté, comprenant chaque fois mieux le sens eschatologique* de sa souffrance et de son sacrifice.

Maurice Zermatten écrivain suisse Dans : Jean Barbier, Pour vous, qu’est-ce que Lourdes ? 1976

* eschatologique : qui concerne l’étude des fins dernières de l’humanité et du monde.